Aujourd'hui m'est apparue une magnifique sensation sous la forme la plus grotesque, la plus banale et la plus incompréhensible. Il était onze heures encore et l'air était frais, l'odeur du matin n'avait pas terminée sa balade. La fumée bleuâtre de la cigarette flottait et me suivait, le temps semblait s'être arrêté, un sourire s'était dessiné sur mes lèvres. Je continuais mon chemin le coeur léger. Je croisais le jeune homme blond, il ne me regarda pas. Il ne me connait pas, c'est le ramasseur d'ordures, pour moi c'est lui. Je m'avance sur le pond qui traverse la Bienne, en face, sur une vieille lunetterie, son nom, Arthur...Mon esprit s'élançait dans tous les sens, je contemplais la ville d'en haut avant même de m'apercevoir que j'étais montée. Tout semblait si simple ; le bourdonnement de la mouche, l'ombre d'une feuille sur le tronc de l'arbre, l'odeur d'herbe coupée, la vieille dame accoudée à sa fenêtre, le soleil sur les toits rouillés. Pendant quelques minutes j'avais été libre.